Hier soir, j’ai eu l’étrange idée de retrouver mon journal intime de 2006. Je voulais sans doute me remémorer ma manière d’être à cette époque. Je fouillai petit à petit ce cahier, compagnon durant toute une année. Au bout de quelques minutes, je tombai sur une lettre écrite par une amie dont j’étais amoureux. En réalité, je n’éprouvais pas de l’amour, mais un désir dû à l’absence de satisfaction amoureuse. Je ne connaissais pas encore l’assurance d’aujourd’hui. La proximité d’une jeune fille la rendait désirable à mes yeux: mes relations avec la gente féminine étaient rares. A mon grand malheur, je n’entretenais pas avec les filles de relations sexuées. Ainsi, quand je me déclarais, je ne recevais d’autres réponses que l’habituel: « Je préfère qu’on reste amis. » La lettre trouvée hier était la réponse à ma déclaration. Elle était jusqu’à présent restée inconnue.
Cher Daniel,
J’ai bien lu ta lettre et j’ai été très touchée. je n’en reçois pas souvent et je m’attendais encore moins à en recevoir une ici, aux pruniers.
Tu sais, quand on s’est parlé pour la première fois, on n’arrêtait pas de dire les mêmes choses en même temps, comme si nous étions connectés.
Pour moi, les pruniers c’est un break dans l’année qui me permet de faire le point avec moi-même. Tu représentes tout ce que je voudrais être en étant ici. Tu es là depuis si longtemps; tu connais tout le monde, tout le monde te connait. Je tiens beaucoup à toi, je me sens bien quand tu es là. Mais je te vois plus comme un bon copain que comme un petit ami. J’aime déjà quelqu’un à Annecy, chez moi, en Savoie.
Je ne veux pas que cette lettre fasse un froid entre nous car je t’aime vraiment et je t’admire d’avoir eu le courage de me donner cette lettre. (Je n’aurais jamais osé).
Je voudrais te revoir en Octobre. Dans tous les cas je tiens fort à toi et je veux te revoir. Je veux aussi rester en contact (par mails, par courriers, par pigeons si tu veux mais je veux te parler).
Je ne te dis pas ça pour faire celle qui dit « Je préfère qu’on reste amis. » Je t’apprécie vraiment. Prends soin de toi mon vieux.
A.
